Citta en yoga : comprendre le champ du mental
- marinepranamaya
- 26 mai
- 7 min de lecture

Dans la philosophie du yoga, le mental n’est pas simplement une suite de pensées qui apparaissent et disparaissent. Il est un espace vivant, mouvant, influencé par nos perceptions, nos souvenirs, nos émotions, nos habitudes et notre manière d’interpréter le monde.
Le terme sanskrit Citta désigne ce champ intérieur. Il peut être traduit par mental, conscience ou esprit, mais aucune traduction ne suffit vraiment à en exprimer toute la richesse. Citta représente l’ensemble de ce qui perçoit, ressent, pense, mémorise et réagit.
Comprendre Citta permet de mieux comprendre pourquoi le yoga ne se limite pas aux postures. La pratique du yoga agit aussi sur notre manière de percevoir, de réagir, de nous identifier à nos pensées et de retrouver plus de clarté intérieure.
Que signifie Citta en yoga ?
Le mot Citta vient de la racine sanskrite cit, qui évoque l’idée de percevoir, observer, connaître ou prendre conscience. Dans la tradition yogique, Citta désigne le champ du mental dans sa globalité.
Il ne s’agit pas seulement du cerveau ni de la pensée rationnelle. Citta englobe aussi les émotions, les perceptions, les souvenirs, les conditionnements et les mouvements subtils de la conscience.
On pourrait l’imaginer comme un miroir intérieur. Lorsque ce miroir est agité, couvert d’impressions ou troublé par les émotions, la perception devient confuse. Lorsque le mental s’apaise, la vision devient plus claire.
C’est pourquoi le yoga cherche à apaiser les fluctuations du mental, afin de permettre à l’être de se reconnecter à une présence plus stable et plus profonde.
Citta, le mental et la conscience : quelle différence ?
Dans le langage courant, on utilise souvent les mots mental, esprit, conscience ou pensée comme s’ils désignaient la même chose. Dans le yoga, ces notions sont plus nuancées.
Le mental correspond à la partie qui reçoit les informations, compare, réagit, analyse et produit des pensées. La conscience est plus vaste : elle est l’espace dans lequel ces pensées apparaissent.
Citta se situe entre ces deux dimensions. Il désigne à la fois le champ mental et le support de l’expérience intérieure. C’est à travers Citta que nous percevons le monde extérieur, mais aussi notre monde intérieur.
Deux personnes peuvent vivre la même situation et pourtant la ressentir de manière totalement différente. Ce n’est pas seulement l’événement qui crée l’expérience, mais la manière dont le mental l’interprète.
Les trois composantes de Citta

Dans la philosophie du yoga, Citta est souvent présenté à travers trois grandes fonctions : Manas, Ahamkara et Buddhi. Ces trois aspects participent à notre façon de penser, de réagir et de nous construire intérieurement.
Manas : le mental sensoriel

Manas est la partie du mental qui reçoit les informations venant des sens. Il capte ce que l’on voit, entend, sent, goûte ou touche, puis réagit à ces informations.
C’est la partie la plus spontanée du mental. Elle peut être agitée, changeante, attirée par ce qui est agréable et repoussée par ce qui dérange. Manas est souvent lié aux réactions immédiates, aux envies, aux émotions et aux automatismes.
Par exemple, une parole, une odeur, une image ou une sensation peut déclencher une réaction très rapide : stress, joie, impatience, peur ou désir. Cette réaction naît dans le champ de Manas.
Ahamkara : l’ego et le sentiment d’identité

Ahamkara désigne le principe du “je”. C’est la fonction qui crée le sentiment d’identité personnelle.
C’est grâce à Ahamkara que l’on peut dire : “je suis comme cela”, “j’aime ceci”, “je ne suis pas capable”, “c’est mon histoire”, “c’est mon rôle”. Il structure notre personnalité, mais peut aussi nous enfermer dans des étiquettes.
L’ego n’est pas forcément négatif. Il permet d’exister dans le monde, de se définir et d’agir. Mais lorsqu’il devient trop rigide, il peut créer de la souffrance : comparaison, peur du jugement, besoin de contrôle ou identification excessive aux pensées.
Le yoga aide à observer ces identifications sans s’y perdre totalement.
Buddhi : l’intellect et le discernement

Buddhi est la faculté de discernement. C’est la partie du mental qui permet de prendre du recul, de comprendre, de choisir avec plus de clarté et d’agir avec justesse.
Contrairement à Manas, qui réagit rapidement, Buddhi observe avant de décider. Il permet de distinguer ce qui est utile de ce qui ne l’est pas, ce qui apaise de ce qui agite, ce qui est juste de ce qui est guidé par la peur ou l’habitude.
Dans la pratique du yoga, développer Buddhi signifie apprendre à ne pas être dominé par chaque émotion, chaque impulsion ou chaque pensée. C’est retrouver une intelligence intérieure plus stable.
Citta Vritti : les fluctuations du mental

L’un des enseignements les plus connus des Yoga Sutras de Patanjali est : Yoga citta vritti nirodha. Cette phrase est souvent traduite ainsi : le yoga est l’apaisement des fluctuations du mental.
Les vritti sont les mouvements du mental : pensées, souvenirs, peurs, projections, jugements, désirs, distractions. Ils ne sont pas forcément mauvais, mais lorsqu’ils deviennent constants, ils troublent la perception.
On peut comparer Citta à la surface d’un lac. Quand le lac est agité, il devient difficile de voir clairement ce qui se reflète à sa surface. Quand l’eau se calme, le reflet devient plus net.
Le yoga ne cherche donc pas à supprimer toute pensée de manière forcée. Il propose plutôt d’observer les mouvements du mental, de les comprendre et de les laisser progressivement s’apaiser.
Pourquoi comprendre Citta est important dans la pratique du yoga ?

Comprendre Citta permet de pratiquer le yoga autrement. La posture n’est plus seulement un exercice physique, mais une occasion d’observer le mental.
Sur le tapis, on peut remarquer l’impatience, la comparaison, le jugement, la peur de mal faire ou le désir de performance. Ces réactions font partie de Citta.
La respiration, la concentration et l’écoute du corps permettent alors de revenir à une présence plus simple. Le yoga devient un espace d’observation : comment je réagis ? Qu’est-ce qui m’agite ? Qu’est-ce qui me ramène au calme ?
Peu à peu, la pratique aide à créer une distance entre soi et ses pensées. On comprend que l’on a des pensées, mais que l’on n’est pas uniquement ces pensées.
Comment apaiser Citta au quotidien ?
L’apaisement de Citta ne dépend pas uniquement d’une pratique intense. Il peut commencer par des gestes simples, répétés avec régularité.
La respiration consciente est l’un des premiers outils. Prendre quelques instants pour ralentir le souffle aide à calmer le système nerveux et à ramener l’attention vers l’intérieur.
La méditation permet aussi d’observer les pensées sans chercher à les contrôler immédiatement. Même quelques minutes par jour peuvent aider à mieux reconnaître les mouvements du mental.
Les postures de yoga, lorsqu’elles sont pratiquées avec conscience, soutiennent l’ancrage, la présence et la circulation de l’énergie. Elles permettent de revenir au corps lorsque le mental devient trop dispersé.
L’Ayurveda peut également accompagner ce travail. Une hygiène de vie adaptée, des routines régulières, une alimentation équilibrée, des massages ayurvédiques ou des soins ciblés peuvent aider à apaiser les déséquilibres qui influencent le mental.
Citta, émotions et intuition
Citta est aussi lié à notre rapport aux émotions. Une émotion peut devenir envahissante lorsqu’elle est confondue avec notre identité. Dire “je ressens de la colère” est différent de dire “je suis en colère”. Dans le premier cas, il y a déjà un espace d’observation.
Le yoga invite à reconnaître les émotions sans les refouler ni s’y identifier totalement. Cette écoute intérieure permet de mieux comprendre ses limites, ses besoins et ses réactions.
Lorsque le mental s’apaise, l’intuition peut aussi devenir plus claire. Il ne s’agit pas d’une idée magique ou abstraite, mais d’une perception plus fine de ce qui est juste pour soi. Plus Citta est agité, plus cette voix intérieure est difficile à entendre. Plus il devient calme, plus le discernement peut émerger.
Citta et Ayurveda : l’équilibre du mental
En Ayurveda, le mental est influencé par l’hygiène de vie, l’alimentation, le sommeil, les émotions, les saisons et la constitution individuelle. Un mental agité, lourd ou dispersé peut être le reflet d’un déséquilibre plus global.

Les doshas, notamment Vata, Pitta et Kapha, peuvent influencer la qualité du mental. Un excès de Vata peut favoriser l’agitation, l’anxiété ou la dispersion. Un excès de Pitta peut nourrir l’irritabilité, l’exigence ou la tension intérieure. Un excès de Kapha peut entraîner lourdeur, attachement ou manque d’élan.
L’accompagnement ayurvédique permet d’observer ces tendances et de proposer des ajustements adaptés : rythme quotidien, alimentation, rituels, massages, respiration, yoga ou soins spécifiques.
L’objectif n’est pas de contrôler le mental de manière rigide, mais de créer les conditions favorables à plus de stabilité, de clarté et d’apaisement.
Conclusion : Citta, un chemin vers plus de clarté intérieure
Citta est une notion essentielle pour comprendre la profondeur du yoga. Il désigne le champ du mental, avec ses pensées, ses émotions, ses souvenirs, ses perceptions et ses identifications.
En observant Citta, on apprend à mieux comprendre ses réactions, ses automatismes et ses fluctuations intérieures. La pratique du yoga, de la respiration, de la méditation et de l’Ayurveda aide progressivement à apaiser ce champ mental.
Le but n’est pas d’avoir un mental vide ou parfait, mais de créer plus d’espace entre les pensées et soi. Dans cet espace, il devient possible de retrouver plus de présence, de discernement et de liberté intérieure.
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Comprendre Citta, c’est aussi comprendre que le bien-être ne dépend pas seulement du corps physique. Il se construit dans la relation entre le corps, le mental, les émotions et le rythme de vie quotidien.
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